L’architecture
L’église Saint-Pierre est austère et renoue avec les principes du premier art roman.
De l’extérieur…
Le portail est composé de deux voussures en tiers-point en moellons grossièrement taillés qui retombent sur des pieds-droits. Il est dépourvu de tympan et s’ouvre dans un massif de maçonnerie rectangulaire en saillie sur le mur de façade.
Ce porche a sans doute été construit à la fin du XII° siècle, date à laquelle le tiers-point commence à être employé pour les portes et les fenêtres (il était précédemment utilisé uniquement pour les voûtes).
Sur les murs latéraux, des contreforts peu saillants montent jusqu’à la toiture. L’abside est également épaulée par deux contreforts qui montent entre les fenêtres.
La toiture est couverte de laves et le pignon Ouest est surmonté d’une croix en pierre.
Le seul élément décoratif extérieur est une corniche qui court le long de la grande abside.
… vers l’intérieur
L’intérieur est constituée d’une nef à cinq travées, flanquée de deux bas-côtés. La travée de chœur est suivie d’une abside en hémicycle flanquée de deux absidioles.
La nef est voûtée en berceau brisé soutenu par quatre arcs doubleaux. Dans les quatre premières travées, les arcades sont amorties par des arcs brisés dont les sommiers s’appuient sur des tailloirs ; alors que dans la cinquième travée, elles reposent directement sur les piliers.
Une église construite en plusieurs phases
Du côté Nord, les trois premières travées sont voûtées en demi-berceau, sans doubleau. La quatrième travée est voûtée en demi-berceau entre deux arcades et la cinquième est voûtée en berceau.
Du côté Sud, les trois premières travées sont voûtées à l’identique du côté Nord. A noter que dans le mur, se trouve un pilastre en face de chaque pilier qui monte jusqu’à la naissance de la voûte. Les quatrième et cinquième travée sont voûtées en berceau et séparées par des arcades en cintre brisé.
Les troisième et quatrième piliers de chaque côté de la nef sont cruciformes alors que les deux premiers sont rectangulaires avec une saillie côté nef qui forme le pied-droit des grands arcs doubleaux.
Des corbeaux sont présents au dessus des arcades de la nef les plus proches du chœur et dans les bas-côtés au dessus des fenêtres. Ils ont servi à l’établissement des cintres pendant la construction des voûtes.
Leur absence dans les deux premières travées démontre une évolution de la technique architecturale et tend à prouver que la nef a connu deux périodes de construction : la première concernant le chœur, le transept, le clocher, la cinquième travée et l’amorce de la quatrième ; la seconde ayant permis de terminer la nef et les collatéraux.
La nef est éclairée par sept petites fenêtres en plein cintre à double ébrasement dans les collatéraux (trois côté Sud et quatre côté Nord), ainsi que par trois ouvertures sur la façade Ouest.
La croisée du transept est construite sur le plan barlong qui correspond à un rectangle dont le côté le plus long est perpendiculaire à la nef. Il a été généralisé à la fin du XII° siècle et remplace le plan carré.
La croisée est couverte par une coupole octogonale sur trompes qui s’appuie au Nord et au Sud sur deux arcs en plein cintre, ramenant ainsi au carré le plan de la croisée.
La travée de chœur est voûtée en berceau brisé parallèlement à l’axe de la nef. Un arc brisé précède l’abside voûtée en cul-de-four brisé et percée de trois fenêtres.
Les deux croisillons du transept sont voûtés en berceau brisé perpendiculairement à l’axe de l’église. Chaque croisillon ouvre par un arc en tiers-point sur une absidiole voûtée en cul-de-four brisé et percée d’une fenêtre.
Si l’église a bien été construite au XII° siècle, sont architecture a été quelque peu modifiée au fil des siècles, même si les dates de ces transformations sont difficiles à évaluer. Avant les premiers grands travaux de restauration menés en 1909, plusieurs ouvertures étaient murées (la fenêtre située sous la coupole et celle située à l’Est de l’abside, l’ouverture de l’absidiole Sud, la porte Nord ainsi que la fenêtre située au dessus) ou différentes de celles que nous connaissons aujourd’hui (les ouvertures Sud de l’abside et du croisillon Sud étaient des fenêtres en tiers point, l’ouverture de la quatrième travée était rectangulaire, il y avait deux ouvertures sur la façade Est du clocher et la façade Ouest était percée d’un oculus). Enfin, le toit n’avait qu’un pan de chaque côté.
En 1909, suite à des dégâts causés par la foudre, des travaux sont entrepris, sous la direction d’André Ventre, Architecte en chef des monuments historiques. Ils concernent la réfection de la charpente et la couverture du clocher (dépose et repose de la couverture en laves et de la charpente qui est partiellement refaite en chêne), la restauration des couvertures, la reprise des baies de l’abside, des transepts et de la nef, la réfection du dallage intérieur, le débadigeonnage des murs.
Dans le programme des travaux projetés, André Ventre précise qu’il faut en premier lieu refaire la flèche et sa charpente. Celle-ci complètement pourrie ainsi que celle du beffroi menacent ruine. Si l’on y portait remède ce serait la destruction à brève échéance du clocher. Toutes les couvertures en pierres de laves sont à restaurer, elles laissent passer l’eau et provoquent de nombreuses infiltrations”.
Lorsque le 17 août, l’Architecte eut l’autorisation de commencer les travaux, il se rendit compte que les “murs des collatéraux étant complètement déversés sous la poussée des voûtes et de la très lourde couverture en lave” il fallu faire des “tranchées partie par partie de façon à rejointer non seulement l’extérieur, mais aussi l’intérieur”.
Une statuaire parfois étonnante…
L’église Saint-Pierre renferme actuellement trois statues de bois : saint Pierre (que l’on reconnaît à sa clé, Pierre est portier du Paradis), saint Paul (que l’on reconnaît à son épée, symbole de sa décapitation) et sainte Anne accompagnée de la Vierge.
Dans la 5ème travée Nord, se trouve le gisant de Josserand de Brancion, compagnon de saint Louis. Il s’agit d’une pierre taillée de 2m20 de long sur 1m de large.
Daté du XII° siècle, ce gisant provient de la chapelle de château d’Uxelles, ancien fief de Brancion et lieu d’inhumation de Josserand.
Il a été abîmé par les siècles, mais l’on peut penser que les pieds de Josserand reposent sur un lionceau, (symbole de puissance mais également de résurrection car une légende assurait que le lionceau n’ouvrait les yeux que trois jours après sa naissance) et que sa tête est entourée de deux anges agenouillés (comme les gisants de la basilique Saint-Denis). Une partie de drapé est encore visible sur le côté Sud du gisant.
Plus étonnantes sont trois autres sculptures qui ne se trouvent plus aujourd’hui à Brancion mais qui sont mentionnée par Charles Dard et Gabriel Jeanton dans le bulletin de la SAAST de 1941.
La première représente la Trinité : Dieu le Père est debout, tenant dans ses bras le Fils représenté sur une croix surmontée par le Saint Esprit symbolisé par une colombe.
Cette sculpture, peut-être du XVI° siècle, dont la trace a aujourd’hui été perdue, avait été acquise par un particulier.
La deuxième représente un Christ Sauveur du monde, mis en dépôt par la commune de Martailly au Musée Greuze de Tournus.
A noter enfin la présence (peut-être légendaire) d’une dernière sculpture représentant un homme corrigeant sa femme à la manière des petits enfants.
… et très peu d’éléments sculptés décoratifs
L’église ne renferme aucun chapiteau, mais seulement deux tailloirs ouvragés et deux pierres sculptées dans l’absidiole Sud.
Une cloche toujours active
Elle sonne les heures et l’angélus (8h, 11h30 et 19h) et porte l’inscription suivante :
L’an de grâces 1963 et le 15 août en la fête de l’assomption après avoir été refondue par les fils Paccard à Annecy
J’ai été bénite par S. Exc Mrg. Jean Hermi, Ev. Auxilliaire d’Autun conservant mon nom de “Marie”
Ayant au nom de tous les donateurs pur marraine ; Louis Céline, Marie-Antoinette de Murard, Madame Morierre-Bernadotte et pour parrain Alexis Rabut
Mr. L’abbé Bassard étant curé de Martailly-lès-Brancion – Mr. Perrou, Maire
Sources :
La trinité de l’église de Brancion, Charles Dard et Gabriel Jeanton, Bulletin de la SAAST n° XLI, 1941
Les église romanes de l’ancien diocèse de Chalon, Cluny et sa région, Marcel et Christine Dickson, Mâcon Imprimerie, 1935
Brancion, les seigneurs, la paroisse et la ville, Jean-Louis Bazin, 1908